XXI.INSTITUT

XXI Institut · Recherche et doctrine

Concevoir une réorganisation compatible avec l’accès au service et le travail des agents

Note de recherche · Références examinées le 14 octobre 2026

1 550 mots · 5 références · Note juridique

Le service fictif d’Aulnes veut accélérer les inscriptions en supprimant une validation et en centralisant l’assistance. Ces deux décisions ne produisent pas les mêmes effets : la première touche le circuit d’autorité, la seconde les moyens et conditions de travail. Une nouvelle organisation doit résoudre les blocages constatés tout en conservant les garanties juridiques du service. La décision ANEF du 5 mai 2026 rappelle l’obligation générale de corriger les dysfonctionnements qui compromettent l’accès normal ou l’exercice des droits.[1]

Comment choisir un scénario sans réduire la transformation à un organigramme ? Le projet doit décrire le fonctionnement attendu, les responsabilités, les conséquences pour les agents et la transition. Il sépare les règles établies des choix de méthode. Le cas communal est fictif ; les modalités sectorielles de l’ANEF restent distinguées des exigences applicables aux inscriptions municipales.

Comparer les scénarios à partir du problème à résoudre

Le diagnostic d’Aulnes a identifié un formulaire difficile à corriger, une assistance privée d’informations utiles et une validation qui crée une attente systématique. La conception examine plusieurs réponses. Un premier scénario corrige l’outil et équipe l’assistance ; un deuxième modifie aussi le circuit de validation ; un troisième centralise l’ensemble de l’instruction. Chaque scénario indique les problèmes auxquels il répond et ceux qu’il laisse subsister. La centralisation ne doit pas être supposée efficace pour toutes les causes au seul motif qu’elle simplifie l’organigramme.

La comparaison proposée retient des critères concrets : possibilité de déposer une demande, délai utile, qualité de la décision, continuité, coût et effets sur le travail. Ces critères de conception ne sont pas des critères de marché public. Ils aident le décideur à discuter les conséquences du changement. Un scénario peut réduire le coût d’accueil et déplacer la charge vers les usagers ou les associations. Le projet doit donc examiner où se trouve le travail, et pas seulement où se trouve la dépense administrative.

Les points 4 à 8 de la décision du Conseil d’État relient accès, égalité, continuité et adaptation. Ils n’imposent pas un organigramme universel. La conception doit chercher les moyens appropriés à la mission et aux difficultés constatées, en tenant compte des contraintes et des mesures déjà prises. Une amélioration de confort et la correction d’un obstacle à l’exercice d’un droit n’appellent pas nécessairement la même priorité. La note propose de rendre cette qualification explicite dans la comparaison.[1]

Vérifier les pouvoirs avant de simplifier les validations

Supprimer une étape matérielle ne signifie pas supprimer une compétence. Le projet identifie l’autorité responsable de chaque acte, les délégations existantes et les règles qui encadrent la décision. Un agent peut préparer un dossier sans être habilité à prendre la décision finale. Un responsable peut organiser le travail sans disposer du pouvoir de modifier les conditions d’accès à l’activité. La simplification doit donc porter sur les circuits inutiles ou mal organisés, après contrôle des pouvoirs qui doivent continuer à être exercés.

Dans Aulnes, la seconde validation est présentée comme un contrôle de qualité. Le diagnostic montre qu’elle ne porte pas toujours sur une question juridique distincte. Le scénario proposé conserve la décision par l’autorité compétente et organise un contrôle ciblé de certaines situations, sous réserve de validation du régime applicable. Cette proposition ne prouve pas que la suppression est juridiquement possible. Elle fournit un projet précis à vérifier : actes concernés, risques, modalités de contrôle et information du décideur.

Un circuit de remplacement est également nécessaire. Une réorganisation qui accélère le travail en concentrant tous les pouvoirs sur une seule personne peut créer une fragilité lors de son absence. La procédure propose un suppléant ou une délégation adaptée, à établir selon les règles applicables. Elle indique les situations qui doivent être remontées et les délais internes de traitement. Cette attribution opérationnelle permet aux agents de reconnaître une difficulté et de la transmettre, au lieu de conserver un dossier bloqué sans responsable.

Intégrer les conditions de travail dans le scénario

L253-5 du CGFP, dans la version consultée, place notamment l’organisation, l’accessibilité, la qualité et les conditions de travail dans le champ des comités sociaux territoriaux. L253-6 articule ce champ avec celui des formations spécialisées, en distinguant les projets de réorganisation. Le dossier doit donc identifier l’instance et le régime précis de consultation, plutôt que choisir librement un échange informel. Ces articles indiquent le champ ; les modalités réglementaires doivent être contrôlées pour le projet concret.[2]

Le scénario décrit les tâches nouvelles et supprimées, les horaires, les lieux, les outils et la charge prévisible. À Aulnes, l’assistance équipée peut résoudre davantage de difficultés, mais elle doit acquérir des connaissances et disposer d’un circuit de recours aux spécialistes. La conception prévoit une formation, un accès approprié et un temps de coordination. Elle ne présente pas comme une économie de personnel une activité simplement déplacée vers une équipe déjà saturée.

La consultation utile repose sur un projet suffisamment documenté pour discuter ses effets, avec des choix encore modifiables. Le dossier ne se limite pas à annoncer l’objectif d’accélération ; il montre les tâches, les moyens et les risques. La présentation DGAFP distingue consultation, débat et information parmi les modalités d’attribution des comités. Ces fonctions ne sont pas interchangeables : informer après le lancement ne remplace pas une consultation préalable lorsqu’elle est requise.[3]

Préparer la transition d’Aulnes et ses garanties

Le cas fictif retient un scénario intermédiaire. Le formulaire est corrigé, l’assistance voit les messages nécessaires à son rôle et les dossiers ordinaires suivent un circuit moins répétitif, sous réserve du contrôle des pouvoirs. Les dossiers complexes restent orientés vers un responsable identifié. La transition prévoit une période de coexistence limitée entre l’ancien et le nouveau circuit, avec une règle explicite pour les dossiers déjà déposés. Sans cette règle, les usagers pourraient recevoir des demandes différentes selon le moment où leur dossier est repris.

Le service prépare trois tests : dépôt d’une demande ordinaire, correction d’une coordonnée et traitement d’un dossier atypique. Les tests vérifient non seulement l’outil, mais aussi la capacité des équipes à expliquer la démarche et à transmettre un cas non résolu. Une simulation d’absence montre si le service peut continuer. Le lancement n’est pas conditionné à une formule vague de « bonne appropriation » ; il repose sur des conditions observables : accès prêts, responsables identifiés, documentation disponible et fonctionnement de secours défini. Le test atypique comporte une pièce rejetée par le formulaire : l’assistance doit reconnaître l’incident, orienter la personne et transmettre une information exploitable au responsable. Une réponse répétant seulement la consigne initiale montre que le circuit n’est pas encore prêt.

La correction de l’outil appelle une vérification des traitements de données. Le RGPD impose un fondement de licéité et des principes de finalité, minimisation, sécurité et responsabilité. Donner à l’assistance un accès à tout le dossier peut dépasser ce qui est nécessaire à sa tâche. Le projet identifie les informations utiles à la résolution des erreurs et fait vérifier le périmètre d’accès, les destinataires et la conservation. La capacité technique d’ouvrir une information ne suffit pas à justifier son utilisation.[4]

Une communication aux usagers explique les changements qui influencent leur démarche : canal d’aide, possibilité de corriger, informations nécessaires et suite attendue. Elle n’a pas besoin de détailler tout l’organigramme. Les agents disposent, eux, d’une instruction opérationnelle plus précise. Une même brochure ne peut satisfaire tous les besoins. Le service prévoit aussi une reprise des incidents de lancement, afin qu’une difficulté remontée ne reste pas enfermée dans le guichet ou le centre d’assistance qui l’a découverte.

Arbitrer les limites et prévoir une correction possible

L’objection est que la prudence ralentit le lancement alors que les usagers attendent une amélioration. La réponse est de hiérarchiser les changements. Un correctif limité de formulaire peut être distinct d’une modification importante du travail ou des pouvoirs. Le calendrier identifie les décisions qui peuvent être prises rapidement et celles qui exigent consultation, actes ou moyens nouveaux. Cette distinction permet d’agir sur un défaut déjà documenté sans présenter une réforme complète comme une condition nécessaire à toute amélioration.

Une autre limite est celle de l’essai. Une expérimentation opérationnelle ne dispense pas du droit applicable. Elle doit définir le périmètre, les garanties et les conditions de retour, et ne pas instaurer une différence injustifiée entre usagers. Dans Aulnes, tester le circuit avec des situations fictives réduit certains risques ; une ouverture réelle sur une partie du service demande un examen des conditions d’accès et du traitement des dossiers. Le mot « pilote » ne remplace pas cette qualification.

La CNIL recommande de limiter les données nécessaires et de documenter les durées. Cette exigence concerne aussi les journaux utilisés pour suivre le lancement. Un tableau de performance ne doit pas conserver des informations personnelles détaillées parce qu’elles pourraient un jour servir. Le projet définit les indicateurs avant la collecte et fait vérifier leur construction. Une donnée pseudonymisée demeure une donnée personnelle lorsque l’identification reste possible ; elle ne sort pas automatiquement du cadre protecteur.[5]

Le scénario est prêt lorsqu’il résout les causes retenues, conserve les autorités compétentes, décrit les effets sur le travail et prévoit la transition. Pour Aulnes, la réponse est une amélioration du parcours et une validation mieux organisée, avec une assistance équipée dans un périmètre de données proportionné. Le suivi permettra de corriger le changement si ses effets contredisent les hypothèses. La transformation devient un choix explicable, assorti de garanties concrètes pour les usagers et les équipes.

Notes et références

  1. Conseil d’État, Assemblée. Fédération des acteurs de la solidarité et autres, n°502860. 2026-05-05. Points 4 à 10 : accès normal, adaptation, office du juge et téléservice ; motifs sectoriels non développés. Retour au texte ↩
  2. République française — Légifrance. Code général de la fonction publique — Comités sociaux. 2023-01-01. L253-5 et L253-6, organisation, accessibilité, conditions de travail et répartition avec la formation spécialisée ; version au 14 mai 2026. Retour au texte ↩
  3. Direction générale de l’administration et de la fonction publique. Les comités sociaux. 2023-03-20. Présentation des trois versants et des modalités d’attribution : consultation, débat et information. Retour au texte ↩
  4. Parlement européen et Conseil de l’Union européenne — texte diffusé par la CNIL. Règlement (UE) 2016/679, chapitre II. 2016-04-27. Article 5, §1 a à f et §2 ; article 6, §1 c et e et §3. Retour au texte ↩
  5. Commission nationale de l’informatique et des libertés. Minimiser les données collectées. 2020-01-27. Avant la collecte ; minimisation des journaux ; durées et pseudonymisation. Retour au texte ↩