XXI.INSTITUT

XXI Institut · Recherche et doctrine

Diagnostiquer un service à partir des démarches réellement accomplies

Note de recherche · Références examinées le 14 octobre 2026

1 550 mots · 4 références · Note juridique

Le 5 mai 2026, le Conseil d’État a rappelé, dans la décision n°502860 relative à l’ANEF, que le gestionnaire doit garantir un accès normal au service, sa continuité et les adaptations nécessaires. Un service numérique disponible techniquement peut pourtant laisser certains usagers dans une impasse. Le diagnostic ne peut donc s’arrêter au nombre de connexions ou aux dossiers terminés : il doit chercher les démarches qui n’ont pas pu aboutir.[1]

Comment qualifier les difficultés avant de décider une réorganisation ? La méthode proposée suit le parcours d’un usager, les décisions nécessaires et les moyens disponibles, puis distingue le défaut juridique du problème d’organisation. Le service municipal fictif d’Aulnes, chargé d’inscriptions à des activités, sert d’exemple. Les règles sectorielles du séjour ne sont pas transposées à ce service ; les principes généraux sont distingués des exigences propres à l’ANEF.

Partir de la mission et du droit d’accès

Le diagnostic commence par la mission effectivement confiée au service. Il identifie les bénéficiaires, les conditions d’accès et les décisions qui doivent être prises. Une description comme « accueillir les demandes » reste incomplète si elle ignore le moment où l’usager reçoit une réponse ou peut corriger une erreur. La fiche de mission rassemble donc le fondement juridique à vérifier, les actes produits et les points où un dysfonctionnement peut affecter l’exercice d’un droit. Elle sert à orienter la recherche, pas à créer une obligation nouvelle.

Les points 4 à 8 de la décision du 5 mai distinguent les obligations du gestionnaire et l’office du juge. Le juge ne définit pas à sa place toute politique publique ; il apprécie les refus de corriger des dysfonctionnements au regard des obligations, défaillances, mesures et contraintes considérées. Cette distinction interdit de présenter chaque difficulté de confort comme une illégalité établie. Le diagnostic doit documenter la gravité, la récurrence et l’effet concret du problème, puis le rapporter aux règles applicables.[1]

Pour le service fictif, trois situations doivent être séparées : l’usager ne connaît pas la démarche, il ne parvient pas à déposer son dossier, ou il a déposé un dossier sans obtenir l’information nécessaire à la suite. Ces situations peuvent partager une même plainte — « aucune réponse » — tout en relevant de circuits différents. Le diagnostic conserve cette différence. Il permet d’identifier le moment du blocage et la personne ou l’outil qui peut le résoudre, plutôt que de proposer une formation générale comme réponse à toute difficulté.

Reconstituer le parcours avant de mesurer la performance

Une carte de parcours proposée décrit les étapes : information, préparation, dépôt, réception, demande éventuelle de pièces, instruction, décision et notification. Elle note pour chaque étape le canal, le responsable et les informations utiles. Les usagers peuvent entrer par plusieurs voies et effectuer plusieurs tentatives. Le suivi doit donc éviter de considérer toute connexion comme une nouvelle personne ou toute ouverture de formulaire comme une demande déposée. Ces définitions sont indispensables pour interpréter les volumes.

Le diagnostic recherche aussi ce que les bases administratives ne contiennent pas. Une personne qui abandonne avant le dépôt peut ne laisser aucun dossier exploitable. Les plaintes, observations de guichet et tests de parcours apportent alors des informations complémentaires, dont les limites sont précisées. Un petit nombre de témoignages peut identifier un mécanisme de blocage sans permettre de mesurer sa fréquence dans toute la population. La méthode distingue donc la preuve d’un défaut possible et l’estimation de son ampleur.

L’examen du téléservice doit tester des situations inhabituelles mais plausibles : adresse électronique perdue, pièce difficile à numériser, erreur de saisie ou besoin de corriger un dossier. Les points 8 à 10 de la décision ANEF relient l’accès numérique à l’objet du service, à sa complexité et au public. L’accompagnement et la substitution décrits pour les titres de séjour répondent à ce cadre particulier. Pour Aulnes, les modalités concrètes doivent être choisies après contrôle de son propre régime et des besoins observés.[1]

Observer le travail et les circuits de décision

Un retard peut provenir d’une capacité insuffisante, d’un outil défaillant ou d’une décision qui circule entre plusieurs responsables sans attribution claire. Le diagnostic associe donc les tâches et les pouvoirs : qui vérifie, qui demande une pièce, qui tranche et qui informe ? Une équipe peut consacrer beaucoup de temps à retrouver une information pourtant déjà disponible ailleurs. Cette activité réelle doit être décrite avant de comparer le nombre d’agents et le volume de dossiers.

Le diagnostic proposé utilise une observation limitée et annoncée du travail, avec entretiens et examen de quelques dossiers fictifs ou correctement anonymisés. Il cherche les reprises, doubles saisies et attentes. Il ne transforme pas l’observation en classement individuel des agents. Les conditions de travail et l’organisation relèvent aussi du dialogue social ; la présentation officielle DGAFP distingue les instances selon les versants et leurs modalités d’intervention. Le dispositif concret de consultation doit être vérifié, plutôt que déduit d’un échange informel.[2]

Les moyens comprennent les outils, les accès, les locaux, la documentation et les possibilités de remplacement. Un service doté d’un logiciel adapté mais privé d’accès pour deux agents ne dispose pas de la capacité annoncée. Une procédure connue d’une seule personne crée une fragilité pendant ses absences. La fiche propose de distinguer le moyen disponible sur le papier et le moyen effectivement mobilisable. Cette distinction aide à choisir entre correction d’un accès, simplification du circuit et augmentation de ressources.

Diagnostiquer le service d’Aulnes sans inventer la cause

Dans le cas fictif, Aulnes observe 900 inscriptions achevées pendant une campagne, contre 1 000 l’année précédente. La direction conclut d’abord à une baisse de demande. Le diagnostic montre que les formulaires commencés sont plus nombreux et que les appels augmentent. Un test révèle qu’une famille déjà inscrite ne peut modifier facilement certaines coordonnées. Les chiffres de dossiers terminés n’expliquent donc pas seuls l’évolution. La baisse peut mêler un changement réel de demande et un défaut de parcours.

Le service analyse séparément les dossiers complets, ceux en attente de pièces et les tentatives connues d’abandon. Il constate aussi que les demandes d’aide passent par un numéro général dont les agents ne voient pas les messages d’erreur. Les usagers sont renvoyés vers le formulaire, puis rappellent. Le blocage produit une activité supplémentaire sans créer de dossier terminé. L’ajout d’un agent d’instruction ne résoudrait pas nécessairement cette boucle ; il faut examiner le circuit d’assistance et les capacités techniques.

Une seconde observation concerne la validation. Les dossiers ordinaires sont relus par deux responsables, sans distinction des cas à risque. Les agents attendent une signature groupée deux fois par semaine. Le diagnostic vérifie les pouvoirs et délégations avant de proposer un autre circuit. Il ne conclut pas que la seconde lecture est inutile par principe : elle peut détecter une erreur importante. Il mesure ce qu’elle apporte et recherche si un contrôle adapté peut préserver cette fonction en évitant une attente systématique.

Le bilan fictif distingue trois causes plausibles : un défaut du formulaire, une assistance mal équipée et un circuit de validation trop uniforme. Chaque cause est associée à une observation et à une vérification. Le document ne transforme pas une hypothèse en certitude parce qu’elle paraît commode. Un correctif du formulaire peut être testé ; les données de suivi permettront ensuite de voir si les appels et abandons diminuent. Cette logique prépare une transformation évaluée, avec des raisons explicites de retenir ou d’abandonner une solution. Le service conserve un test identique avant et après correction, pour éviter de comparer deux parcours dont les étapes auraient changé sans explication.

Collecter les preuves sans construire une surveillance excessive

Le RGPD impose notamment finalité, minimisation, exactitude, sécurité et limitation de conservation ; l’article 6 encadre le fondement du traitement. L’objectif d’amélioration du service n’autorise donc pas une collecte illimitée de données sur les usagers ou les agents. Le diagnostic identifie la question à résoudre, les données réellement nécessaires et leur régime. Une statistique agrégée peut suffire à repérer un délai ; elle ne nécessite pas automatiquement une nouvelle base détaillant la situation personnelle de chaque usager.[3]

La CNIL recommande de limiter aussi les données de journalisation et de prévoir des durées justifiables. La pseudonymisation ne rend pas les données anonymes par elle-même. Dans Aulnes, les journaux utiles peuvent décrire une étape et un type d’erreur sans recopier toutes les pièces du dossier. Un entretien peut être restitué sous forme de mécanisme observé plutôt que d’un récit nominatif. Ces choix réduisent la collecte et rendent la preuve plus directement liée à la question d’organisation.[4]

L’objection est celle de l’incomplétude : limiter les données peut rendre certaines causes plus difficiles à observer. La réponse est de proportionner la collecte à une hypothèse précise et de faire vérifier son fondement, plutôt que de conserver tout au cas où. Le diagnostic doit aussi reconnaître les biais : les personnes qui répondent à une enquête ne représentent pas nécessairement celles qui abandonnent. Plusieurs modes d’observation peuvent être croisés, avec leurs limites explicites.

Le résultat attendu pour Aulnes est un diagnostic qui explique les principaux blocages, leurs preuves et les incertitudes restantes. Il permet de choisir une correction ciblée et d’en vérifier les effets, tout en maintenant les garanties d’accès et de protection des données. Réorganiser devient alors une réponse à un problème qualifié ; le changement d’organigramme n’est plus supposé résoudre, à lui seul, des difficultés dont la cause n’a pas été établie.

Notes et références

  1. Conseil d’État, Assemblée. Fédération des acteurs de la solidarité et autres, n°502860. 2026-05-05. Points 4 à 10 : accès normal, adaptation, office du juge et téléservice ; motifs sectoriels non développés. Retour au texte ↩
  2. Direction générale de l’administration et de la fonction publique. Les comités sociaux. 2023-03-20. Présentation des trois versants et des modalités d’attribution : consultation, débat et information. Retour au texte ↩
  3. Parlement européen et Conseil de l’Union européenne — texte diffusé par la CNIL. Règlement (UE) 2016/679, chapitre II. 2016-04-27. Article 5, §1 a à f et §2 ; article 6, §1 c et e et §3. Retour au texte ↩
  4. Commission nationale de l’informatique et des libertés. Minimiser les données collectées. 2020-01-27. Avant la collecte ; minimisation des journaux ; durées et pseudonymisation. Retour au texte ↩